Entrevue du Président de la République accordée aux médias nationaux

Publié le : vendredi, 24 janvier 2020 19:36   Lu : 1 fois
Entrevue du Président de la République accordée aux médias nationaux

ALGER - Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune a accordé, mercredi, une entrevue à des responsables de médias nationaux publics et privés au cours de laquelle il a évoqué plusieurs questions nationales et internationales, dont voici le texte intégral:

 

Question: Vous avez mené une série de rencontres avec des personnalités nationales et des dirigeants de partis. Est-ce que ces consultations seront couronnées par une conférence de consensus national ou par une motion de propositions globales sur le projet de la nouvelle République? Et est-ce que les idées de ces personnalités seront cristallisées dans le prochain amendement constitutionnel? Est-ce que l'ancien président Liamine Zeroual a été convié à prendre part à ces concertations ?

 

Réponse: Les consultations se poursuivront jusqu'au parachèvement de la Constitution avec toutes les personnalités influentes sur l'opinion publique, les gens qui ont de l'expérience et d'autres qui ont été marginalisés par le passé. L'avis de tous sera pris en compte en ce qui concerne la méthodologie à suivre mais également les problèmes que connait le pays. Ces avis pourront être pris en considération dans l'élaboration de la mouture finale de la Constitution. L'occasion sera également donnée à d'autres personnalités de donner leurs points de vues car la Constitution concerne certes l'ensemble de la société mais son élaboration doit être confiée à des spécialistes en droit constitutionnel. Un comité technique se penchera sur la cristallisation de toutes les propositions à ce sujet.

Pour ce qui est des personnalités rencontrées, il était de mon devoir de le faire pour briser la glace entre Algériens et écouter les gens qui ont une expérience dans la gestion des affaires de l'Etat. Je tiens à remercier toutes les personnes avec lesquelles je me suis entretenu et qui m'ont été très bénéfiques.

Pour l'ancien président de la République, Liamine Zéroual, c'est un homme pour qui j'ai beaucoup d'estime. Je l'ai connu lorsqu'il était directeur de l'Ecole militaire de Batna. C'est un pur nationaliste et d'une droiture exemplaire. Il a des circonstances particulières pour lesquels il n'a pu faire le déplacement à Alger mais nous avons des échanges téléphoniques et il m'encourage. Je suis prêt à le rencontrer au siège de la Présidence ou en son lieu de résidence, et toute discussion avec lui ne sera que bénéfique.


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Question: Monsieur le Président vous avez consulté des personnalités nationales, est-ce que ces consultations s'inscrivent-elles dans le cadre des revendications du Hirak populaire? Les idées dégagées de ces consultations seront-elles cristallisées dans la Constitution que vous comptez amender?

 

Réponse: La réponse à cette question se recoupe un peu avec ce que je viens de dire, mais je répondrais en rappelant que je m'étais engagé, notamment durant la campagne électorale, à poursuivre la satisfaction des revendications du Hirak que j'ai qualifié de béni. Il y a des revendications qui ont été satisfaites, certaines peuvent trouver des réponses immédiates mais d'autres ont des horizons politiques. Je me suis engagé à satisfaire toutes les revendications du Hirak béni, y compris l'amendement de la Constitution et des lois, outre le changement radical des fondements de notre démocratie en Algérie et l'édification d'une démocratie réelle, la lutte contre l'exclusion, sous toutes ses formes, la lutte contre la corruption et la moralisation de la société. Tout ceci faisait partie des revendications que j'ai pris en compte et je continuerais à le faire.

Et pour être franc, les personnalités que j'ai reçues, qu'elles soient du Hirak ou non, n'était pas le propos pour moi, ce qui m'importait et m'importe c'est leur poids dans la société algérienne, en tant que faiseurs d'opinions. Ces personnalités ont toutes souligné la nécessité de mesures d'apaisement, mais tout en étant favorables à l'amendement de la Constitution, elles craignent, tout comme les citoyens, qu'elle soit encore une révision sur mesure.

Personnellement, je n'ai pas de Constitution. L'actuelle Constitution a montré ses limites avec la crise en étant incapable d'apporter des solutions aux problèmes de l'Algérie. Il y a des lacunes mais aussi des clauses incomplètes. La démocratie c'est pouvoir aller loin sans toucher à l'Etat national et ses fondements, le défendre sans remise en cause de l'identité nationale, une question que le peuple a tranché clairement et qui est indiscutable.

Autrement, la révision de la Constitution est impérative pour éloigner le spectre des crises à l'avenir. Il faut savoir que plus la Constitution est claire, plus elle saura préserver le pays en cas de crises ou de perturbations et empêcher les dirigeants, y compris le président de la République, d'exercer le pouvoir personnel, lequel a toujours été rejeté depuis de l'indépendance.

 

Question: Quand est ce que sera amendée la Constitution? Quand auront lieu les élections législatives? et est-ce qu'il y aura des élections locales anticipées?

 

Réponse: Je tiens à ce que le citoyen soit bien informé de tout le processus de révision constitutionnelle. J'ai fait appel à des spécialistes qui ont la maîtrise du langage et du contenu constitutionnels. J'ai personnellement défini les cadres sous-tendant ce changement, revendiqué par l'ensemble des Algériens, qu'ils soient du Hirak ou non. Lorsque la première mouture de la Constitution révisée sera prête, elle sera distribuée à toutes les catégories de la société pour être enrichie. Il n'y aura pas de débats anarchiques.

Par la suite, la Commission se réunira, une nouvelle fois, pour étudier toutes les observations, enrichir ou apporter des changements aux propositions initiales. Elle peut introduire 10, 15 voire 20 clauses, comme elle peut reformuler un article donné en réponse à des revendications de citoyens souhaitant voir le pays immuniser contre certains comportements. Une fois la mouture finale prête, elle sera présentée aux deux chambres du Parlement pour débat et adoption avant de la soumettre au référendum populaire.

J'ai préféré que le débat passe par le Parlement et que toutes les explications soient données aux citoyens afin qu'ils puissent avoir une idée claire et que le référendum soit supervisé par l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Que le peuple cautionne ou pas ne sera nullement un problème, nous opérerons d'autres amendements et  changements jusqu'à ce que nous parviendrons à une Constitution consensuelle.

Après toutes ces étapes, la Constitution sera soumise au référendum, ce qui voudra dire que l'ensemble des Algériens se soit prononcé et qu'il ne s'agit nullement d'une Constitution sur mesure pour un président, un clan ou un mode de gouvernance. Cette Constitution marquera le début de l'étape fondamentale.

Concernant la loi électorale, elle interviendra dans une seconde étape. Ce sera une loi rigoureuse qui criminalise l'utilisation de moyens illégaux qui empêche les citoyens d'être égaux devant les urnes et qui criminalise également l'utilisation de l'argent sale et d'autres formes de luttes d'influence.

L'opportunité sera donné aux compétences pour postuler aux Assemblées locales et à l'Assemblée populaire nationale (APN), notamment à la jeune génération, les 25, 30 et jusqu'à 40 ans, une génération intègre qui a un sens élevé de patriotisme et qui nous permettra d'entrer confiants dans l'ère d'une l'Algérie nouvelle.

 

Question: vous avez beaucoup focalisé sur les consultations politiques et les démarches à suivre quant l'élaboration du projet de la Constitution, au moment où des observateurs estiment alors qu'il y a, jusqu'à présent, absence de décisions économiques. Cela est-il dû à la situation économique difficile du pays ou considérez-vous que la priorité doit être accordée à la réforme politique avant l'économie?

 

Réponse: La politique sert l'économie et inversement. Nous avons une approche politique intégrée en ce sens que la politique nourrit l'économie. La reconstruction de l'économie est une entreprise de longue haleine. Certes des solutions urgentes s'imposent et nous y travaillons. Il y a aussi des décisions à moyen et à long termes qui constituent des décisions urgentes pour ouvrir la voie à celles à long termes.

Notre économie est basée sur le commerce et l'importation qui ont tué la production nationale. L'économie doit être le fondement de la richesse et de la prospérité du citoyen. L'économie qui ne crée pas de richesse est une économie politique vaine. Si elle n'a pas d'impact direct sur le niveau de vie du citoyen et sur le développement du pays elle n'est avantageuse que pour certains.

Nous devons mettre en place de solides fondements à notre économie nationale grâce aux potentialités disponibles en industrie et à travers les start-up. Nous avons les énergies créatives de jeunes diplômés d'universités algériennes qui ont fait leurs preuves à l'étranger. J'ai discuté récemment avec les professeurs Habba et Melikechi qui se sont dits disposés à aider les jeunes dans l'édification de ce secteur sur de solides bases. Des ministres jeunes sont présents dans le gouvernement, la décision politique leur revient et les start-up ont désormais leur propre banque. Il n'y a plus aucun obstacle à la relance d'une économie nationale génératrice de richesse et d'emploi.

Lors de la dernière Foire de la production nationale, j'ai constaté la réussite de certains jeunes dans la création de postes d'emploi à travers des start-up.

S'agissant de l'investissement, nous n'avons pas le temps d'entrer dans des luttes mais force est de constater que la politique du passé n'a donné aucun résultat. Tous les opérateurs nationaux intègres ont les capacités et les moyens pour contribuer au développement du pays et à la création des richesses pour sortir de la dépendance aux prix du pétrole, au demeurant une ressource épuisable. Il faut trouver le moyen de créer d'autres richesses et notre jeunesse a les capacités pour le faire.

Je suis triste de voir que les portes avaient été fermées devant des start-up qui voulaient travailler en Algérie, et qu'aujourd'hui ces mêmes entreprises exportent vers l'Algérie à partir d'un pays arabe où les opportunités leur ont été offertes. Je souhaite que de telles situations ne se reproduisent plus.

Je veux que les compétences algériennes, là où elles se trouvent, sachent qu'elles sont les bien bienvenues et qu'elle trouveront l'écoute et l'aide pour l'émergence de l'Etat Algérien, tel que voulu par les Chouhada.

Les réformes économiques ne sont pas ajournées, nous y travaillons mais il n'y a pas de marge d'erreur possible. J'ai demandé aux ministres de l'Industrie et du Commerce d'organiser une rencontre nationale sur la nouvelle économie pour un changement de mentalités dans la gestion des banques en vue de parvenir à une économie fondée sur des bases solides. Des cadres algériens avaient permis au pays, dans les années 1970, d’atteindre un certain niveau de développement mais malheureusement, et en raison des crises, nous sommes revenus à la case de départ. Nous pouvons aujourd'hui relever le défi.

Il est honteux que l'Algérie importe aujourd'hui de l'électroménager. L'intérêt national doit être au-dessus des intérêts particuliers. Le nouveau plan créateur de richesses et de postes d'emplois est à même de consolider l'Algérie économiquement.

L'économie étant liée à l'exportation, je considère actuellement que nous pouvons exporter des produits agricoles et développer l'agriculture industrielle. Il y a un dysfonctionnement dans le fait que l'excédent de la production de pomme de terre ou de fruits soit un problème pour les agricultures. C'est là, une preuve que notre économie est sous-développée puisque les moyens de stockage et de refroidissement ne sont pas disponibles. Il faut en finir avec les mentalités arriérées à travers une économie moderne, il faut aller vers les industries de transformation pour remédier à cette situation.

Nous n'allons pas repartir de zéro, il faut réparer ce qui a été détruit dans l'économie et moraliser la pratique économique. L'édification d'une économie nécessite beaucoup de temps, de la stabilité sociale et des lois pérennes.

Si la démocratisation et la moralisation de la vie politique est une question de quelques mois, la réforme économique est plus ardue, néanmoins je suis optimiste et même très optimiste du fait que les start-up pourront entrer en production dans une période n'excédant pas une année et demi et assureront l'emploi et exporteront leurs produits. Je suis optimiste car il y a un éveil national dans tous les domaines, notamment politique et économique.


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Question: le citoyen aspire à un changement radical aux plans économique et social.  Qu'en est-il de la valeur du dinar, des salaires, du pouvoir d'achat, de l'emploi, du logement et de l'importation des véhicules de moins de 3 ans?

 

Réponse: Je commence par la valeur du dinar. Les précédentes réponses sont liées. Plus la valeur de la monnaie locale baisse, plus l'importation s'impose. La meilleure mesure pour réévaluer le dinar est la croissance économique et la production locale. Si, à titre d'exemple, nous importons la pomme de terre pour que son prix sur le marché n'excède pas 40 ou 45 DA/kg, la solution est donc la production nationale et la réduction de l'importation inutile.

A ce propos, j'insiste encore une fois pour dire que je ne réduirai pas l'importation pour priver le citoyen algérien. L'importation doit être complémentaire à la production nationale. Si la production nationale pourvoit 25 % aux besoins du citoyen, j'importerai les 75 %. Et si l'économie nationale pourvoit aux besoins à 80 %, il m'est interdit d'importer plus de 20 %. Dans ce cas, j'aurai servi d'autres intérêts que ceux du peuple algérien.

Le dinar a été affecté par le recours au financement non conventionnel, il existe un chiffre inquiétant mais nous saurons y faire face. Plusieurs failles sont à l'origine de la dépréciation du dinar, l'importation doit être complémentaire à la production nationale, la règle est d'encourager la production nationale. Je le répète devant vous de manière solennelle, nous sommes prêts à donner des instructions aux banques afin d'aider toute personne qui investit dans le développement ou la transformation de la production nationale en leur accordant des crédits pouvant atteindre 90% de la valeur du projet, en sus de la priorité en ce qui concerne le foncier industriel. Il y a, à titre d'exemple, certaines villes à l'instar de N'gaous, Mascara et Médéa qui, au-delà du fait d'être des régions disposant de potentiels agricoles, sont également qualifiées pour l'industrie manufacturière. En cas de difficultés à exporter le produit brut, la transformation peut être la solution.

Le dinar connait à présent un frémissement et nous avons même une légère stabilité des réserves de change, nous espérons la voir consolider à la fin de ce trimestre.

Concernant l'importation de véhicules, personnellement je ne vois aucun inconvénient, mais cela exige une organisation. Nous devons savoir ce que nous importons et nous devons avoir la garantie quant à la qualité du véhicule et la régularité de la carte grise. Il y a la crainte d'être face à un autre type de fraude, il existe des lobbies et des groupes mafieux en tous lieux. Je n'accuse personne mais j'ai la responsabilité de la vie du citoyen. Si des garanties techniques sont données pour la protection du citoyen, la porte est ouverte soit à travers l'importation de manière individuelle ou collective. Je laisse cette question aux ministères du Commerce et de l'Industrie.

 

Question: qu'en est-il du dossier de l'emploi et du pouvoir d'achat du citoyen?

 

Réponse: La situation financière n'est pas critique mais je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle est normale, comme cela a été le cas ces deux dernières années, il y'a une certaine amélioration. Les recettes fiscales augmentent et il y aura d'autres mesures. Dans ce sens, je voudrais ouvrir une parenthèse au sujet de certaines taxes prévues dans la loi des Finances 2020, pour dire qu'elles seront révisées pour une meilleure équité. Une loi complémentaire pourrait intervenir dans les cinq ou six mois à venir, loin de toute démagogie.

L'exonération fiscale n'entraîne pas une inflation ou une érosion supplémentaire du budget de l'Etat. Je me suis engagé, et dès qu'on arrivera à la loi de Finances complémentaire (LFC), il y aura exonération de tous les salaires de moins de 30.000 DA dans le but d'augmenter le pouvoir d'achat tout en contrôlant les prix des produits essentiels.

Il pourrait même y avoir une révision minutieuse et réfléchie du Salaire minimum garanti (SMIG) car nous rejetons par principe, partant de notre religion et de nos valeurs la pauvreté extrême en Algérie. Nous mobiliserons tous les moyens disponibles pour la lutte contre la pauvreté et iniquité en terme de revenus individuels.

L'exonération des salaires de moins de 30.000 DA coûtera quelque 90 mds DA, un montant que nous pourrons récupérer sur les revenus de 2 000 et 3 000 mds. En somme, la fiscalité ordinaire ne dépasse pas 30%, tandis que la fiscalité pétrolière s'élève à 63% du budget de l'Etat.

Le principe d'augmentation du pouvoir d'achat est irréversible, et cette démarche se fera à travers l'exonération des faibles salaires et le contrôle des prix du marché. L'augmentation du prix du lait à 45 DA relève de la trahison nationale.

 

Question: pensez-vous que la question de l'exploitation du gaz de schiste a été mal exploitée?

 

Réponse: Le gaz de schiste est une nécessité. Il y eu une réaction négative de la part des citoyens de In Salah, qui ont été surpris par les torches sans aucune explication préalable. L'exploitation du gaz de schiste a évolué aux Etats-Unis. Des puits de gaz de schiste sont installés entre les villas. Notre première expérience a été une erreur, nous avons un vaste désert mais nous sommes allés dans une région peuplée. Nous allons évaluer calmement les expériences mais il faut que toutes les franges du peuple sachent qu'il s'agit d'une richesse dont Allah, Tout Puissant, nous a gratifiés et je ne vois pas pourquoi s'en priver et que son exploitation de cette ressource est à même d'améliorer le niveau de vie. L'exploitation du gaz de schiste nécessite d'abord un débat national et pas une opinion unilatérale.

Aujourd'hui, nous consommons 43% de notre production gazière et avec le nombre de logements en cours de réalisation et les projets d'approvisionnement des populations en gaz dans les zones montagneuses et rurales, notre consommation augmentera à plus de 60% à court et à moyen termes. Nous sommes un Etat producteur de gaz plus que de pétrole, c'est un fait qui s'impose de lui même. Notre pays est deuxième ou troisième en réserves mondiales de gaz de schiste et nous n'exportons ni produits agricoles ni industriels.

L'opportunité de l'exploitation du schiste nous est offerte, nous avons par exemple la région de Chenachen, entre Tindouf et Adrar, qui est une zone aride et non peuplée. Nous aborderons cette question lorsque nous aurons surmonté la situation actuelle et entrerons dans l'édification et le financement de l'économie. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi certains refusent l'exploitation du gaz de schiste et préfèrent recourir à l'endettement extérieur. Pourquoi?

Le débat est long et complexe, nous le laisserons d'abord aux spécialistes avant la décision politique, qui viendra au moment opportun.

 

Question: quel est votre avis sur la situation économique mondiale qui connait un recul et son impact sur l'économie nationale qui enregistre encore d'importants transferts sociaux?

 

Réponse: Nous ne pouvons dire que l'économie mondiale est en recul actuellement. Par exemple, la croissance aux Etats Unis et en Europe est élevée de même que la baisse prévue du taux de croissance en Chine ne dépassera pas 6%. Je pense qu'il y a une stagnation du taux de croissance et non un recul.

Le FMI prévoit une croissance de l'économie mondiale fin 2020. Pour ce qui est de l'Algérie, la Banque mondiale (BM) et le FMI prévoient un taux de croissance de 2%. Ceux sont là de simples prévisions.

L'impact sur le développement est extrêmement rapide dans un Etat comme l'Algérie car nous repartons de zéro. Si nous appliquons nos programmes dans l'immédiat, nous pouvons enregistrer un taux de croissance pouvant atteindre 6% dans certains secteurs.

Pour ce qui est de la production locale, nous pouvons réaliser une usine manufacturière dans un délai ne dépassant pas une année si les études y afférentes, sa plate-forme et les capacités financières son disponibles.

Je pense que la croissance qui sera enregistrée à la fin de l'année contredira les prévisions de ces institutions internationales puisque nous éliminerons le chômage à travers des mécanismes qui contribueront à la création de la croissance et de la richesse.

Pour ce qui est des transferts sociaux, certains acquis sont irréversibles. Ces transferts sont l'équivalent de la valeur des importations des services qui est de quelque 14 mds, alors que la valeur des transferts sociaux a atteint 18 mds. Le problème qui se pose concerne les mécanismes de financement de ces transferts sociaux, toutefois le financement des retraites n'est pas en danger.

Concernant le soutien aux produits alimentaires de base, je reste attaché au principe de l'Etat démocratique et social fondé par la Déclaration du 1er Novembre. Pour ce qui est des mécanismes de soutien, elles ne son pas équitables. On ne peut apporter un soutien à une personne dont le revenu annuel est de 5 milliards de centimes au même pied d'égalité que celui dont le revenu annuel n'atteint pas les 100 millions de centimes. Le soutien apporté à ce dernier devrait être supérieur, alors que celui du premier devrait être annulé. De même que nous ne pouvons subventionner le kérosène d'un avion privé.

Il faut réexaminer l'orientation de la subvention. 35% des citoyens qui restent sous la protection de l'Etat sont concernés par le soutien aux différentes nécessités de la vie, ce soutien est complémentaire aux faibles revenus. Il faut exclure les catégories non méritantes de ce soutien. Ce débat est prématuré, mais il faut cependant ouvrir le débat et étudier les expériences d'autres pays, à l'instar de la distribution de cartes bancaires pour les personnes à faibles revenus, le rétablissement de la valeur réelle des prix ou la distribution de cartes électroniques pour l'essence. Nous pouvons également établir des statistiques minutieuses pour ceux dont le salaire ne dépasse pas 30.000 DA et leur accorder un montant financier mensuel.

Il faudrait, peut être dans un premier temps, réduire ce soutien graduellement de 20%, toutefois la question nécessite des études précises. Il faut, donc, trouver une solution à ce problème. Tous ces mécanismes sont à la portée de nos institutions.

Durant les deux prochaines années, il n'y aura pas de problèmes pour ce qui est du financement des transferts sociaux, mais il faut trouver une solution et combattre le gaspillage car je considère qu'accorder une subvention à un milliardaire est injuste et constitue par la même un gaspillage.

 

Question: le phénomène de l'émigration clandestine fait la Une des médias. Quelle est votre conception pour le traitement de ce phénomène ?

 

Réponse: j'ai eu à lire des rapports sur la migration clandestine et ses causes, et celles-ci peuvent être différentes. Lorsque ce phénomène est lié à la pauvreté et au ras-le-bol politique, il peut être traité, mais lorsque l'origine est l'oppression familiale et sociale, le problème est tout autre. Le phénomène de la Harga ne résulte pas forcément de la pauvreté, puisque il y a des médecins et des fonctionnaires qui émigrent illégalement. Il faut mener des campagnes de sensibilisation en  associant les familles.

De nombreuses personnes qui ont émigré de façon régulière ont regagné le pays en raison des conditions de vie à l'étranger. Le jeune fraîchement diplômé qui est confronté au chômage est en droit de s'indigner, c'est pourquoi il est impératif de trouver des solutions à ce problème en consacrant l'égalité en matière d'accès à l'emploi pour tous les Algériens.

A ce propos, j'ai demandé récemment au Président du Conseil italien que l'application des lois de son pays à nos migrants clandestins soit dans le respect de leur dignité.

Parmi les solutions qui peuvent être apportées au phénomène de Harga, la signature de conventions avec certains pays pour permettre à des jeunes de constater de visu à quel point la situation est difficile dans ces pays, mais il est également possible de recourir à des psychologues en ce sens qu'il s'agit d'un problème grave nécessitant un traitement particulier.

 

Question: la famille des médias revendique depuis de longues années la réhabilitation du journaliste et de la profession. Vous aviez promis que votre programme de réformes accordera une importance particulière à ce volet. Pouvez-vous éclairer l'opinion publique quant aux démarches pratiques que vous comptez entreprendre pour atteindre cet objectif ?

 

Réponse: j'ai promis la liberté absolue de la presse à la condition du respect des lois de la République et l'éthique professionnelle, nous combattrons fermement le mensonge et la diffamation.

Concernant les journalistes, il faut prendre en charge leur situation sociale, sachant qu'il existe dans les médias privés des journalistes qui perçoivent de maigres salaires et ne bénéficient d'aucune couverture sociale. Je m'engage à lutter contre ce phénomène, qu'il soit dans le privé ou le public.

Il existe en Algérie quelque 160 titres, dont certains ont réussi à s'imposer et d'autres tentent d'émerger. Il y a aussi des journaux à faible tirage et pareil pour les chaînes privées, qui ont des biens alors que leurs employés sont dans des situations critiques. Je m'engage à ne pas faire de distinction entre journalistes du public et du privé, tout en leur offrant des cycles de formation.

J'aiderai cette corporation autant que possible et encouragerai la création de clubs de journalistes dans toutes les wilayas du pays. A ce propos, j'exhorte les journalistes à se réunir dans un syndicat propre.

Concernant les institutions du secteur, à l'instar de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel (ARAV), nous ferons en sorte de relancer son rôle avant la fin de l'année. Dans ce sens, j'ai demandé, à son directeur d'entreprendre des visites à des instances similaires dans d'autres pays pour tirer profit de leurs expériences.

 

Question: L'école algérienne est censée être le socle d'un projet de société. Comment entrevoyez-vous sa réforme?

 

Réponse: Je fais partie des Algériens qui revendiquent le changement radical du système éducatif, particulièrement du cycle primaire car étant le début du processus d'apprentissage de l'enfant qui va à l'école pour s'instruire, il peut ainsi devenir un bon citoyen comme il peut être un marginal. Concernant les programmes, j'interdis l'introduction des idéologies dans l'enseignement, même si cela passe par le changement des responsables chaque semaine.

Les fondements de l'enseignement primaire sont: la citoyenneté, le respect des personnes et de leurs biens, la morale et l'appartenance civilisationnelle.

Quant aux programmes, je les réduirai selon le principe "Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine", ce qui signifie qu'il faut leur assurer un enseignement adapté à leur âge et graduel jusqu'à l'obtention d'un diplôme universitaire. L'enfant doit vivre son enfance et s'amuser, afin de l'amener à aimer l'école et à créer un équilibre entre les loisirs et les études. Nos enfants aujourd'hui considèrent l'école comme un supplice. A chaque changement de programmes, il y a un changement de manuels, ce qui est pénible pour les élèves. Le poids du cartable est plus lourd que le poids de l'élève qui porte des livres pesant parfois chacun un demi kilo.

Dès l'âge de six ans, l'élève maîtrise de plus en plus l'informatique et les réseaux sociaux. Donc, il ne faut pas le faire revenir des années en arrière.

Les nouvelles idées et expériences existent dans les pays développés, qu'est-ce qui empêche de rassembler les manuels scolaires dans un CD et de doter les élèves de tablettes numériques fabriquées par l'Entreprise nationale de l'industrie électronique?

Il faut moderniser l'enseignement et former les enseignants à l'utilisation de ces outils technologiques.

Aujourd'hui, même le sport est absent à l'école et les enseignants refusent de surveiller les élèves dans la cour. Nous déplorons des comportements qui n'ont rien à avoir avec l'enseignement, ni la formation des générations. Il faut remédier à cette situation, car nous allons avoir quelque 10 millions d'élèves du primaire au secondaire, soit 25% de la population. Et je ne parle ici des frais car toute dépense sur l'acquisition du savoir demeure insignifiante, pour peu qu'il y ait des résultats.

A mon avis, l'école est la base de toute société, car elle forme un bon citoyen, loin de toute idéologie, pour lui laisser le temps d'atteindre l'âge de la raison et faire librement son choix. Toutefois, la morale est universelle.

Nous avons eu recours à plusieurs expériences et nous sommes restés Algériens. Il faut en tirer les enseignements nécessaires et établir un bilan des points positifs et négatifs, sans tenir compte des aspects matériels.

Je suis d'accord avec les enseignants et je dis toujours "l'enseignant a failli être un prophète". L'enseignant ne doit pas alors exercer des pressions, en utilisant nos enfants. C'est moi même qui ai posé le problème social de l'enseignant et je m'engage à le résoudre. Je ne possède ni le Sceau de Salomon, ni le bâton de Moïse. La résolution des problèmes nécessite deux à trois mois et il faut laisser le temps au gouvernement.

A la base, les élèves n'ont pas assez de cours et les enseignants sont souvent en grève. La base de toute éducation est-elle  matérielle ou bien étroitement liée au développement intellectuel et moral.

La révision globale des trois cycles d'enseignement primaire, moyen et secondaire ainsi que de l'enseignement supérieur est impérative, mais doit se faire progressivement. Les enseignants ne doivent pas m'imposer une revalorisation de salaire avec un taux précis, car une telle attitude n'est nullement celle de l'éducateur, qui doit être un modèle pour ses élèves.

L'Education est parmi les secteurs les plus difficiles à gérer sur les plans pédagogique et socioprofessionnel, notamment en ce qui a trait à la situation matérielle des enseignants et à la situation des élèves dans certaines communes où ils sont obligés de parcourir 5 km à pied pour rejoindre leurs écoles dans l'Algérie de 2020, en dépit des moyens mobilisés par l'Etat, et ce à cause de l'incompétence de certains responsables.

Le transport et les cantines scolaires doivent bénéficier aux élèves défavorisés et non à ceux des quartiers résidentiels des grandes villes. Les cantines scolaires sont tenues de servir des repas chauds aux élèves, faute de quoi, des sanctions sévères  seront prises à l'encontre des auteurs de tels comportements.

Les enseignants devront d'abord penser à l'intérêt de l'enfant avant de revendiquer tout dialogue. Quel est le tort d'un enfant  issu d'une famille pauvre ou habitant un village éloigné? Avons-nous le droit de l'abandonner?

Pour ce qui est des cantines scolaires en hiver, il n'est plus question de servir des repas froids. Les responsables doivent s'assumer et l'Etat est prêt à leur apporter appui et soutien. Priver les enfants est inacceptable aussi bien sur le plan religieux que moral. Il y'a des gens qui possèdent des milliards, alors que des élèves ne trouvent même pas de quoi se nourrir dans les cantines. Cet état de fait est grave et j'aurai souhaité que les enseignants le dénoncent, notamment en observant des grèves.

Les élèves dans les régions enclavées souffrent de l'absence du transport scolaire.

Les endroits que visitent les responsables, chefs de daïras, walis ou ministres sont bien entretenus, mais à quelques mètres de là, c'est l'enfer. Certains responsables s'occupent uniquement de la restauration des façades des sièges, mais juste à quelques kilomètres, des citoyens vivent encore au 17e siècle. Devant une situation d'une telle gravité, il ne faut plus continuer à dissimuler la vérité.

Le secteur de l'éducation est appelé à l'organisation d'assises nationales pour permettre à tous les acteurs de donner leurs avis. Je m'y engage personnellement.

Il faut réduire les inégalités sociales et revenir à la réalité pour remédier en urgence à cette situation, qui ne nécessite pas de grands moyens. Nous veillerons à ce qu'aucun Algérien ne vive la privation dont avait souffert la génération de la Révolution. 

 

Question: Quelles sont les mesures juridiques que vous comptez prendre pour la récupération des deniers publics détournés et l'extradition des personnes recherchées par la justice algérienne? La justice poursuivra-t-elle la lutte contre la corruption avec la même dynamique ou avez-vous une autre vision à ce sujet ? Pouvons-nous rêver réellement d'une société où la justice sera indépendante ?

 

Réponse: Pour ce qui est de la récupération des fonds détournés, nous sommes dans l'attente du feu vert de la justice, laquelle n'a pas encore statué sur tous les dossiers et établi les montants détournés. Les fonds détournés se trouvent à l'intérieur du pays ainsi que dans d'autres endroits, comme Genève ou dissimulés dans des pays réputés pour leurs facilitations fiscales. Une fois ces dossiers définitivement clos par la justice, nous allons entamer les procédures nécessaires, soit par le biais d'avocats algériens ou étrangers, ou par l'activation des conventions conclues avec ces pays. Ces fonds seront indubitablement récupérés et ça se fera par le biais de la Justice.

Il y a eu certes détournement de fonds mais également des surfacturations. La lutte contre la corruption, et je l'ai déjà assuré, se poursuivra sans relâche. Nous lutterons également contre la corruption affectant le pouvoir d'achat du citoyen. Si la première affecte le Trésor, la deuxième touche à la poche du citoyen, et c'est bien plus grave, lorsqu'il recourt à l'administration, où il est contraint de payer en contrepartie de prestations qui lui sont garanties par l'Etat. Il est impératif dans ce sens d'œuvrer à la moralisation de la société car en l'absence de morale, tout se disloque même au sein de la famille.

Les mesures de lutte contre la corruption peuvent aller jusqu'à l'installation de caméras de surveillance partout, à l'instar des services des douanes, des commissariats de police et des communes. Ce sont là des exemples, l'important étant de se diriger vers une véritable lutte et prévention contre la corruption et les pots de vin.

 

Question: La communauté algérienne établie à l'étranger compte des compétences exerçant dans divers domaines. Vous avez exprimé un grand intérêt pour cette catégorie, sachant que votre première décision après votre élection a été de permettre le rapatriement à titre gracieux des dépouilles d'Algériens décédés à l'étranger? Comment comptez-vous tirer profit des compétences de notre communauté établie à l'étranger, notamment dans les domaines économique et scientifique?

 

Réponse: Je suis déterminé à œuvrer pour permettre à l'Algérie de tirer profit de ces compétences établies à l'étranger, là où elles se trouvent. Dans ce cadre, j'ai contacté le Professeur Habba qui m'a fait part de sa disposition à recevoir et orienter des jeunes stagiaires afin d'intégrer le programme d'encouragement des start-up.

Des membres de notre communauté se sont sentis exclus suite à la promulgation d'un article de loi les privant de certains postes. Nous nous attelons actuellement à la révision de la Constitution, et exception faite des aspects ayant trait à la sécurité de l'Etat, rien n'empêche de revoir d'autres articles. Néanmoins, des pays pionniers en matière de démocratie ont exclu les binationaux par souci de préservation de la sécurité nationale. Les conclusions découlant du débat sur la Constitution seront soumises à un référendum. J'appelle les membres de notre communauté à l'étranger à ne pas se laisser entraîner dans des dérapages pouvant porter atteinte à leur pays.

 

Question: Après avoir pris part à la Conférence internationale sur la Libye à Berlin, dans quelle mesure les parties concernées par le dossier libyen ont-elles adhéré à l'approche algérienne? Quel sera le rôle de l'Algérie concernant le dossier libyen et sous quelle forme ?

 

Réponse: Il y a eu globalement un consensus autour de la proposition de l'Algérie, qui est un pays connu pour son équidistance. L'Algérie a une bonne expérience dans la conduite des médiations et elle en a fait profiter plusieurs pays sans aucun autre objectif que la préservation de la paix et de la sécurité.

Des personnalités libyennes, dont Fayez El-Serraj et Haftar, ont fait des déclarations encourageantes sur le rôle de l'Algérie dans le règlement de la crise libyenne, à travers le dialogue. Nous avons donc la confiance des deux parties en plus de la majorité des tribus du Sud de Misrata, de Zentan et des Touaregs qui ont toutes sollicité la médiation de l'Algérie.

Il s'agit d'une guerre par procuration et une tentative d'étendre l'influence dans la région. La paix en Libye est synonyme de la paix en Algérie. Nous surveillons une bande frontalière de 1.000 km avec ce pays voisin et la mobilisation nous coûte des frais supplémentaires au détriment du développement. A chaque fois qu'une nouvelle arme entre en Libye nous nous trouvons dans l'obligation d'en acquérir une autre plus forte pour sécuriser le peuple et le sol algériens. L'Algérie est soucieuse de voir la paix s'instaurer en Libye et également au Mali et la région Sahel.

En outre, le ministre français des Affaires étrangères a admis que l'Algérie était une force d'équilibre et de paix, au moment où les pays voisins de la Libye se rencontrent aujourd'hui (mercredi) à Alger avec la participation du ministre allemand des Affaires étrangères pour leur faire part des conclusions de la Conférence de Berlin sur la crise libyenne.

 

Question: Nous avons constaté ces derniers temps une quasi-absence de communication et de contacts officiels entre l'Algérie et la France, contrairement à ce qui était par le passé, et ce en dépit de la grande dynamique diplomatique que connaît le pays depuis votre élection Monsieur le Président et des pourparlers en cours avec les différents pays desquels Paris est exclue. Est-ce que la crispation des relations entre les deux pays en est la cause? Est-ce qu'il y a une volonté pour revoir ces relations et réévaluer le partenariat entre les deux pays?

 

Réponse: En effet, il y a eu une crispation dans les relations entre les deux pays, notamment après que les Algériens aient constaté une ingérence dans leurs affaires internes suite à la déclaration de la partie française au début du Hirak. Désormais, l'Algérie avec sa nouvelle génération et direction n'acceptera, à aucun prix, une immixtion ou tutelle quelconque. L'Algérie n'est pas une chasse gardée de la France, ni d'un autre pays. C'est un Etat libre qui construit pacifiquement son avenir, c'est là une question que les autres semblent avoir bien saisi. Nous, les Algériens, sommes jaloux de notre souveraineté nationale, surtout quand les tentatives d'ingérence émanent de l'ancien colonisateur.

Toutes nos actions sont des réactions aux actes provenant de l'autre partie, car nous traitons les différents dossiers sur la base du principe de réciprocité. Chacun a le droit de défendre ses intérêts mais nul ne peut nous empêcher de défendre les nôtres. Les deux parties ont convenu de tourner la page et le climat a été assaini. Toutefois, le problème qui se pose aujourd'hui réside dans l'existence de lobbies dans tous les pays. Il existe en France un lobby qui a de la rancœur particulière envers notre pays. Nous avons nos propres intérêts, notre dignité, notre souveraineté et notre indépendance à défendre. Je n'œuvre pas à vous plaire au détriment de 45 millions d'Algériens. Nous avons plusieurs pays amis qui sont à nos côtés, aussi bien dans les bons moments que dans les situations difficiles, et je ne dirais pas davantage.

 

Question: Monsieur le président, Quelle est votre position concernant la violation du droit international par certains pays africains en procédant à l'ouverture de représentations consulaires dans la ville de Lâayoune occupée?

 

Réponse: Pour ce qui de l'Afrique, le chagrin m'envahit lorsque je me remémore les défunts Gamal Abdel Nasser, Mohamed V, Kwame Nkrumah, Ahmed Sékou Touré et le leader Houari Boumediene.

La République arabe sahraouie démocratique (RASD), membre fondateur de l'Union africaine (UA), ne doit pas être poignardée dans le dos. Lorsqu'elle (UA) ne respecte pas les chartes en tant qu'organisation continentale, comment voulez-vous que les autres organisations nous respectent?

Aujourd'hui en tant qu'Africains nous souffrons du fait que le dossier libyen soit pris en charge par d'autres organisations, pourquoi laisser les choses s'empirer et aller, Africains que nous sommes, contre la légalité internationale en ce qui concerne le Sahara Occidental?

Le dossier du Sahara Occidental est posé au niveau de l'UA et des Nations Unies, laissons ces dernières faire leur travail.

En tout état de cause et en dépit des pressions, la question du Sahara Occidental demeure une question de décolonisation et telle est aussi la position de l'UA et de l'ONU. Le président Boumediene disait "Nous ne serons pas mis devant le fait accompli jusqu'à ce que Dieu reprenne la terre et tout ce qu'elle contient".

 

Question: Monsieur le Président nous vous remercions d'avoir honoré votre engagement à travers cette belle et courageuse initiative qui permettra d'éclairer l'opinion publique sur ce qui est envisagé pour le traitement de plusieurs problèmes dont souffre l'Algérie. Une opinion publique longtemps ballotée entre fausses informations, sources anonymes et fuites suspectes. De même que nous vous remercions pour cette initiative, entamée par la création du poste de porte-parole officiel de la présidence de la République, souhaitant avoir d'autres rencontres avec vous pour mieux informer le citoyen.

 

Réponse: Je vous remercie tous d'avoir accepté cette invitation, vous avez été les premiers et il y aura d'autres car nous tenons à consacrer cette tradition. Je continuerai à communiquer avec les citoyens via les médias nationaux, c'est là, un principe et un engagement, et la crédibilité passe par le respect des engagements.

Pour moi, les médias sont un partenaire essentiel. Vous êtes des faiseurs d'opinion et nous sommes des décideurs, et ensemble nous mènerons, plaise à Dieu, l'Algérie à bon port.

En sus de ces rencontres, le porte-parole officiel de la Présidence est là pour répondre à vos questions quotidiennement, et même si l'information officielle n'est pas communiquée par le biais de l'agence Algérie Presse Service (APS), elle le sera par le biais du porte-parole, et ce dans le but de barrer la route à toute tentative malveillante.

 

Media

Entrevue du Président de la République accordée aux médias nationaux
  Publié le : vendredi, 24 janvier 2020 19:36     Catégorie : Algérie     Lu : 1 foi (s)   Partagez